Maladie professionnelle : le cancer du sein d’une hôtesse de l’air reconnu, un tour de vis en vue sur les indemnités AT/MP

Pour la première fois en France, le cancer du sein d’une hôtesse de l’air a été reconnu comme maladie professionnelle par la justice, le 25 août 2026 à Bayonne ; dans le même temps, le gouvernement étudie, selon Les Echos, un tour de vis sur l’indemnisation des accidents du travail, avec un plafond de calcul qui pourrait être abaissé à 1,8 Smic. Une avancée acquise d’un côté, un simple projet de l’autre : voici ce que ces deux actualités changent — ou pourraient changer — concrètement pour les salariés.

En bref #

  • Le pôle social du tribunal judiciaire de Bayonne a reconnu l’origine professionnelle du cancer du sein d’une ancienne hôtesse de l’air d’Air France : une première dans le secteur aérien français, selon son avocate.
  • La décision est définitive, la CPAM n’ayant pas fait appel, et pourrait faire jurisprudence pour d’autres personnels navigants.
  • Le gouvernement demande 800 millions d’euros d’économies sur la branche accidents du travail et maladies professionnelles (AT/MP) dès 2027.
  • Parmi les pistes rapportées par Les Echos : un plafonnement des indemnités journalières à 1,8 Smic et leur fiscalisation intégrale. Rien n’est voté à ce jour.

Une première judiciaire : le cancer du sein d’une hôtesse de l’air reconnu #

Le pôle social du tribunal judiciaire de Bayonne a reconnu l’origine professionnelle du cancer du sein de Sophie Lainault, ancienne hôtesse de l’air puis chef de cabine chez Air France de 1989 à 2019, rapportent franceinfo avec l’AFP et France 3 Aquitaine. La décision, rendue le mardi 25 août 2026, est une « première pour une hôtesse de l’air en France », selon son avocate, Me Élisabeth Leroux. La CPAM n’ayant pas fait appel, le jugement est définitif.

Sur des vols long-courriers, la plaignante a cumulé plus de 12 600 heures de vol, dont plus de 6 500 de nuit. Le tribunal a retenu trois expositions : le travail de nuit, les rayonnements ionisants (dits rayons cosmiques, plus intenses en altitude et près des pôles) et le tabagisme passif, fumer étant resté autorisé sur les vols Air France jusqu’en 2000. La justice a aussi relevé l’absence de facteur génétique ou lié à l’hygiène de vie pouvant expliquer ce cancer. Sollicitée par l’AFP, Air France a indiqué ne pas avoir été « partie prenante de cette procédure » et rappelle que la santé au travail de ses salariés fait l’objet d’un « suivi récurrent ».

À lire Basilic : Guide culture et conservation

Pourquoi ce parcours a duré deux ans

Le cancer du sein ne figure dans aucun tableau des maladies professionnelles. Avant la décision du tribunal, deux comités régionaux de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP) avaient refusé d’établir le lien entre la maladie et le métier. Selon la CFDT, citée par franceinfo, 30 à 40 demandes de reconnaissance sont en cours pour des aides-soignantes et infirmières ; début 2026, une infirmière de nuit de Martigues avait déjà obtenu une reconnaissance similaire, selon France 3. Pour mémoire, le cancer du sein reste le cancer le plus meurtrier chez la femme en France, avec près de 13 000 décès par an.

Tableau ou hors tableau : la différence que beaucoup d’articles oublient #

C’est le point clé pour comprendre la portée de cette décision. Il existe deux voies de reconnaissance d’une maladie professionnelle :

  • La voie du tableau : si la maladie figure dans un des tableaux officiels (annexés au Code de la sécurité sociale) et que les conditions du tableau sont remplies (délai de prise en charge, durée d’exposition, travaux listés), elle est présumée d’origine professionnelle. Le salarié n’a pas à prouver le lien.
  • La voie complémentaire, hors tableau : si la maladie n’est inscrite dans aucun tableau — c’est le cas du cancer du sein — le dossier passe devant un CRRMP, qui doit établir un lien « direct et essentiel » avec le travail, avec un taux d’incapacité d’au moins 25 %. C’est une démarche au cas par cas, plus longue et plus incertaine ; en cas de refus, le salarié peut contester devant le pôle social du tribunal judiciaire, comme l’a fait Sophie Lainault.

La décision de Bayonne ne crée donc pas d’automatisme : chaque hôtesse ou steward devra toujours monter un dossier individuel. Mais elle fournit un précédent utile, notamment pour les métiers combinant travail de nuit et exposition à des cancérogènes. Au passage, les salariés en horaires décalés, moins exposés à la lumière du jour, ont aussi intérêt à surveiller certains points de santé plus courants dans ces métiers, comme une carence en vitamine D, à faire vérifier lors d’un suivi médical.

Ce qui pourrait changer : un tour de vis sur les indemnités AT/MP #

Deuxième actualité, et elle n’est pas du tout acquise : selon Les Echos, qui ont révélé le dossier le 27 août, un tour de vis se profile sur l’indemnisation des accidents du travail et maladies professionnelles, pour les entreprises comme pour les salariés. Le ministère du Travail a demandé mi-juin aux partenaires sociaux de la branche AT/MP de dégager 800 millions d’euros d’économies dès 2027, la branche étant attendue en déficit d’environ 1 milliard d’euros en 2026 et de 1,5 milliard en 2027 sans mesures correctrices, selon le ministère cité par la presse économique.

À lire Lavande : Guide culture et bienfaits 2026

Les deux pistes principales, au conditionnel

D’après Les Echos, le salaire ne serait plus pris en compte par la Sécurité sociale au-delà de 1,8 Smic (environ 3 240 € brut par mois selon la presse économique) pour le calcul des indemnités journalières AT/MP, les organismes complémentaires étant appelés à compenser une partie de la perte. Autre piste évoquée : la fiscalisation intégrale de ces indemnités, aujourd’hui exonérées d’impôt sur le revenu à hauteur de 50 %. Ces mesures seraient débattues à l’automne, dans le cadre du budget et du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027. Fait rare, organisations patronales et plusieurs syndicats ont réclamé ensemble, fin juillet, une évaluation d’impact avant toute réforme.

Vos droits aujourd’hui : ce qui s’applique réellement en 2026 #

Tant que rien n’est voté, les règles en vigueur restent celles publiées par l’Assurance maladie et Service-Public : indemnités journalières versées sans délai de carence dès le lendemain de l’accident (le jour même est payé par l’employeur), à 60 % du salaire journalier de référence les 28 premiers jours puis 80 % à partir du 29e jour. Une limite de versement de 4 ans par période d’incapacité s’appliquera aux arrêts à compter du 1er janvier 2027, selon Service-Public. Beaucoup de salariés bénéficient en plus d’un contrat de prévoyance d’entreprise qui complète ces indemnités — des droits qui peuvent d’ailleurs se conserver après un départ, comme l’explique notre article sur la portabilité de la prévoyance en arrêt maladie.

Indemnités journalières AT/MP Règles actuelles (2026) Projet évoqué (selon Les Echos, non voté)
Jours 1 à 28 60 % du salaire journalier, max 240,49 €/jour Salaire pris en compte plafonné à 1,8 Smic
À partir du 29e jour 80 % du salaire journalier, max 320,66 €/jour Même plafond de 1,8 Smic, complémentaires appelées à compenser en partie
Salaire de référence Brut du mois précédent ÷ 30,42, plafonné à 400,82 €/jour Abaissement du plafond de calcul
Impôt sur le revenu Exonération à hauteur de 50 % Fiscalisation intégrale à l’étude
Statut En vigueur (ameli.fr, Service-Public) Projet, débattu au PLFSS 2027

FAQ : trois questions que se posent les salariés #

Le cancer du sein est-il désormais reconnu comme maladie professionnelle ?

Non, pas automatiquement. Il ne figure toujours dans aucun tableau officiel. La décision de Bayonne montre qu’une reconnaissance individuelle est possible, via le système complémentaire (CRRMP) puis, en cas de refus, devant le pôle social du tribunal judiciaire, lorsque des expositions comme le travail de nuit ou les rayonnements ionisants sont documentées.

Le plafonnement des indemnités à 1,8 Smic est-il déjà appliqué ?

Non. Il s’agit d’une piste rapportée par Les Echos, qui devrait être débattue dans le cadre du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027. En 2026, les indemnités journalières AT/MP restent plafonnées à 240,49 € par jour les 28 premiers jours, puis 320,66 € par jour.

À lire Photinia : Guide plantation et entretien

Que faire après un accident du travail ou pour faire reconnaître une maladie ?

Déclarer l’accident à l’employeur sous 24 heures et consulter un médecin pour obtenir un certificat médical initial. Pour une maladie hors tableau, la demande passe par la CPAM, qui saisit un CRRMP ; un refus peut être contesté. Un accompagnement (syndicat, avocat, association de patients) augmente nettement les chances d’aboutir.

À retenir #

  • La reconnaissance du cancer du sein d’une hôtesse de l’air à Bayonne est acquise et définitive ; elle ouvre une voie, mais chaque dossier reste individuel.
  • Le tour de vis sur les indemnités AT/MP (plafond à 1,8 Smic, fiscalisation) est un projet rapporté par Les Echos, à suivre au PLFSS 2027 — rien ne change pour l’instant.
  • En 2026, un arrêt AT/MP reste indemnisé à 60 % puis 80 % du salaire journalier, sans carence, dans la limite de 240,49 € puis 320,66 € par jour.
  • Pour une maladie hors tableau, la voie du CRRMP — puis du tribunal — existe : la décision de Bayonne le prouve.

Ces informations, à jour au 28 août 2026, sont données à titre général : elles ne remplacent pas un conseil personnalisé (médecin, avocat, caisse d’assurance maladie ou assureur) adapté à votre situation.

Blog Assurance Traditionnel est édité de façon indépendante. Soutenez la rédaction en nous ajoutant dans vos favoris sur Google Actualités :

Nos recommandations : création de site internet pas cherdéveloppeur web freelance